Mission

La création de Volumen nait d’une opportunité, d’une urgence et d’une vision. Dans les dix dernières années, l’information numérique disponible pour documenter le présent a atteint une densité sans précédent. Cette augmentation exponentielle du volume des données est une grande opportunité, mais aussi un facteur de déstabilisation culturelle. Chaque jour, l’Internet ressemble un peu plus à un panoptique nous donnant à voir un “grand maintenant”, complexe, infiniment dense et parfaitement documenté, mais qui sans la disponibilité de données numériques équivalentes sur le passé ne s’inscrit plus dans une temporalité longue. Ce déséquilibre est inquiétant, car une société ne saurait envisager avec sagesse son futur si elle n’est pas capable de comprendre sa trajectoire sur la durée. Si rien n’est fait, le passé pourrait d’ici 50 ans, avoir tout bonnement et simplement disparu.

Pourtant, les données sur le passé existent, et en très grande quantité. Dans les grandes archives européennes, des milliers de kilomètres de registres regroupant les informations minutieusement enregistrées par ces “Google” du passé attendent d’être analysés. Dans les musées, la plus grande partie des collections est stockée, partiellement inventoriée, mais invisible pour les visiteurs. À ces archives et collections s’ajoutent des constellations de documents privés, dont la volumétrie est difficile à évaluer, mais qui constituent un contrepoint informationnel précieux à la mémoire administrative et muséale.

Le projet « Venice Time Machine » , lancé en 2012 à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne par le Digital Humanities Laboratory a été pensé comme un des premiers projets à grande échelle pour numériser, transcrire, et indexer massivement les archives historiques. Centré sur les archives vénitiennes et notamment celle de l’archive d’état (près de 80 km de documents) et de la fondation Cini (possédant entre autres plus d’un million de reproductions d’œuvres d’arts), le projet développe une nouvelle méthodologie pour reconstruire le passé de Venise sur une période de 1000 ans. Bien que Venise soit sans doute une des villes les plus étudiées au monde, la plus grande partie des documents archivistiques la concernant n’a jamais été étudiée, faute d’outils adéquats pour y accéder. L’enjeu de ce type de recherches est donc immense : il consiste à rendre enfin accessibles des milliards d’informations qui échappent aujourd’hui à la recherche, à la culture numérique et donc peut-être à moyen terme, à la culture tout court.

La notoriété du projet a naturellement conduit de nombreuses institutions culturelles a se tourner vers le Digital Humanities Laboratory pour obtenir de l’aide dans la numérisation, la transcription et la mise en valeur de leurs archives et collections. Le laboratoire a pour mission de développer des nouvelles technologies ouvertes permettant de reconstruire ces « Big data » du passé, mais n’a pas la vocation à gérer de nombreux projets à grande échelle. Une autre structure devait voir le jour pour assurer cette mission.

C’est dans ce but que Frédéric Kaplan, Isabella di Lenardo et Cyril Bornet du Digital Humanities Laboratory (DHLAB) de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne ont décidé de créer « Volumen ». La mission de Volumen est de favoriser l’acquisition, la valorisation et l’exploitation de biens communs numériques, pour fonder et pérenniser un patrimoine numérique partagé.

L’enjeu est de permettre aux institutions patrimoniales de devenir plus autonomes dans la numérisation, le traitement et la l’exploitation de leurs archives et de leurs données numériques. Volumen propose aux universités de bénéficier de grands corpus de données et de briques technologiques pour les exploiter. Volumen aide les entreprises à développer de nouveaux marchés dans le domaine de la culture en bénéficiant et enrichissant les biens communs numériques. Volumen organise pour les autres acteurs économiques de nouvelles voies d’investissement dans ces domaines. Enfin, Volumen propose aux individus et aux citoyens d’accéder et de contribuer à la mise en commun, la valorisation et l’exploitation de ce patrimoine.

De manière plus précise, Volumen accompagne la mise en place, le développement et la maintenance de centres et de campagne de numérisation au sein des institutions patrimoniales. Elle construit ses services pour la numérisation et la valorisation du patrimoine sur les technologies open source et open hardware développées par les universités européennes, et dont le Digital Humanities Laboratory est un des acteurs les plus actifs. Elle adapte ces technologies aux contextes particuliers de chacune des institutions, forme les équipes locales, aide à la gestion du projet du centre au quotidien et favorise l’intégration des collections numérisées dans des ensembles plus larges et interconnectés. Dans un second temps, Volumen aide les centres de numérisation à proposer à leur tour des services de formation pour la mise en place de nouveaux centres pour d’autres institutions partenaires, créant ainsi une dynamique vertueuse d’essaimage des savoir-faire et des technologies.

Les institutions qui rejoignent le réseau de Volumen peuvent bénéficier de tous les développements ouverts mis en place dans le cadre des projets de recherche menés par les laboratoires partenaires. Ces laboratoires contribuent à une base logicielle open source permettant la valorisation des archives numérisées (logiciels pour la transcription des documents, bases de données documentant les personnes et les lieux, système géohistorique pour la cartographie, moteur de recherche visuel sur les bases d’images). Volumen coordonne les développements de cette base logicielle et assure la maintenance des services déployés.

Afin de garantir la pérennité et la maintenance des dispositifs mis en place, Volumen encourage le déploiement de solutions ouvertes utilisant les licences Open Hardware en partenariat avec des laboratoires et des entreprises qui développent ce type de produits. Ceci concerne en premier lieu les solutions de numérisation et de stockages des données. Volumen accompagne la mise en place de ces dispositifs, suggérant des possibilités de mutualisation quand cela est pertinent. Pour traiter les données numérisées, Volumen joue le rôle d’intermédiaire technique pour l’utilisation des grands centres de calculs suisses et européens, et propose ses conseils pour la mise en place de centre de calcul dédiés.

Volumen encourage également le développement de matériel didactique facilitant la formation et l’autonomie des centres de numérisation, ainsi que des documents sensibilisant le grand public à la richesse et l’importance des archives. Volumen accompagne la planification économique des projets de numérisation et de valorisation des centres partenaires. Volumen fait aussi le lien entre les projets spécifiques de chaque institution et un réseau de philanthropes européens qui ont déjà soutenu des projets similaires. Volumen propose par ailleurs sur son site une vitrine des projets en cours et organise des mécanismes de « Crowdfunding » permettant leur financement. Dans certains cas, Volumen peut également financer directement la numérisation de certains fonds.

Enfin, Volumen anime la communauté de volontaires qui souhaite participer aux diverses tâches de numérisation et de valorisation d’archives : Photographie, transcription, annotation, vectorisation de cartes, etc. Elle coordonne aussi les développeurs indépendants qui participent à l’amélioration de la base logicielle.

Nous pensons que Volumen peut jouer un rôle clé pour faire du passé un bien commun. Cette mise en commun de technologies et de données est un enjeu crucial pour la culture et la formation des prochaines décennies. Le passé doit rester un territoire partagé. C’est la mission de Volumen.